Fanzine 7


Dans notre grande série : " Histoire de la techno ", Muziq vous offre cette fois ci le chapitre deux : Detroit. Mission impossible ? Peut être, car de par la quantité de productions, le nombre de styles différents et la politique commerciale pas forcément " grand public " que caractérise la techno de Détroit, ou se retrouve bien souvent, dans le milieu technoïde, à plus parler du "Detroit sound " que à en écouter ... Qu'en est il exactement ?

Bref rappel historique de la ville, qui musicalement possède quelques références : " Motown " dans les années 60, avec sa soul surproduite et propre sur elle, le pré-punk- rock- Psyché du début des 70's, avec the Stooges, MC5 pour les blancs et Funk-adelic et le label Westbound pour les blacks. Enfin, mid-70's, le P.Funk de George Clinton, Parliament et Bootsy Collins ... Au début des années 80, la créativité musicale semble s'assoupir, dépassée par "Big Apple " avec son rap et son électro. Coté social et économique, on petit résumer la ville à une énorme cité poubelle, ruinée par la crise de l'automobile, avec General Motors qui licencie à tour de bras et des multitudes de bâtiments abandonnés. Sans oublier des noirs qui s'emmerdent dans leur ghetto (mais çà, ce n'est pas une spécificité de Detroit).

C'est en 1984 que la relève arrive, en la personne d'un certain JUAN ATKINS, qui officie sous le pseudo de MODEL 500, et sort cette année là un album d'électro très Kraftwerkien, pas du tout fresh, sans vocaux ni " vrais " instruments, et un peu chiant quand même. Il pose les base d'une techno très distante du coté " plume-au-cul " de la house des voisins de Chicago. A Detroit, la techno est beaucoup plus sombre, mécanique, mais pas forcément moins funky. Peu de temps après, Juan Atkins est rejoint par DERRICK MAY, champion d'une techno tout en nuance et en subtilité (certain diront: en mollesse) qui caractérise une autre facette du style de Detroit(1). Plus basique, le producteur KEVIN SAUNDERSON rejoint les artistes précédents dans la trilogie des pionniers de Detroit. Son studio d'enregistrement lui permettra de diriger différents projets, dont le plus célèbre, " Inner City " très commercial et léger, mais qui ne l'empêche pas d'officier via différents pseudos dans des directions plus techno.

Une démarche commerciale à l'opposé de celle du collectif UNDERGROUND RESISTANCE, qui apparaît quelques mois après, sous leur propre label, UR puis Red Planet. Résolument hostile à toute forme de concession artistique et commercial(2) ce collectif très obscur (comme son nom l'indique) est dirigé d'une main de fer par un dénomé Mad Mike, de son vrai nom Mike Banks. Avec d'autres projets parallèles tels que AUX 88 (mené par Keith Tucker), The Martians ou Drexciya, la discographie du bonhomme est impressionnante. Leur electro sale et saturée, leur violence musicale et idéologique, basée sur la lutte sociale, vaudra à UR d'être surnommés les Public Enemy de la techno. Une comparaison certes schématique, mais qui résume bien ce qu'a pu apporter Mad Mike à Detroit si l'on connaît mieux l'historique du rap à New York ...

Issu de ce collectif, ROBERT HOOD continue le combat sur son propre label, M-Plant avec une techno minimaliste, rêche et a-mélodique. Il a gardé de son passé auprès de Mad Mike un esprit identique, et Robert Hood refuse souvent d'alléchantes propositions de major. Ce n'est pas le cas d'un autre transfuge de UR, JEFF MILLS, ancien DJ de la bande, qui office sur son label Axis mais ne dédaigne pas sortir diverses compilations distribuées à grandes échelles (3) et tourne fréquemment un peu partout, au prix prohibitif que tout le monde (même Télérama et Libération) connaît.

La troisième génération de magiciens de Detroit est représentée par CARL CRAIG, que l'on connaît aussi sous les pseudos 69 et PAPERCLIP PEOPLE. L'homme est un " polyvalent " : en plus de ces qualités de remixeur, il signe sous son nom ainsi que celui de INNERPOLE ORCHESTRA des albums ambitieux, atmosphériques, voire un peu mégalos ... ou même... beaux (quelle horreur) mais il sait aussi rester simple et funky quand il officie sous ses deux autres aliases. KENNY LARKIRN se pose, lui, en digne héritier de Derrick May avec une techno minimaliste et introvertie dont la qualité musicale est malheureusement inversement proportionnelle à ces chiffres de vente ainsi que l'intérêt que portent les médias sur lui. Enfin, on peut parler du cas de Richie Hawtin, a.k.a. Plastikman, Up ou Fuse. Cet artiste est Canadien et en plus, contrairement à tous les autres producteurs cités dans cet article ... blanc. Richard Hawtin habite tout simplement à Windsor, ville collée au sud-est de Detroit mais séparée par une ridicule petite frontière ... méprisons la pitoyable mesquinerie des hommes et considérons Plaktikman comme une composante à part entière de la musique de Détroit...

Pour conclure, deux remarques. Il n'y a pas à proprement parler " d'école de Détroit ", mais simplement une concentration de compositeurs techno talentueux assez remarquables Tous ne se connaissent pas forcément, et ne vivent pas dans le même appartement ... il est est par contre plus logique de penser que tous se sont mutuellement influencés. Egalement, on peut noter qu'après plus d'une décennie d'existence, le mouvement connaît enfin une certaine reconnaissance auprès du public, (au moins en estime si ce n'est an niveau financier). 1995 fut l'année durant laquelle un maximum d'artistes de cette ville ont pu réellement se litre connaître. A défaut de jouer à Nostradamus en pariant sur l'avenir du mouvement, reconnaissons au moins à la techno de Detroit la place qu'elle mérite dans l'histoire des musiques électroniques : celle de vrais pionni'ers intègres et novateurs.

Alain

P.S. : Désolé, mais faute de place j'ai du ne parler que des artistes de Détroit les plus importants ... Pardon à Christian Vogel, Blake Baxter, D. Wynn, Stacey Pullen, Jay Denham et tous les autres autres ...

  1. Témoin, la compil " The deepest shade of techno" (ssr), qui illustre à merveille ce genre très "deep". (
  2. Refus de donner des interviews, de diffuser les disques à plus de 4000 exemplaires, rejet du "système"...
  3. Ce qui n'enlève en rien, par contre, la qualité musicale de ses disques ...


18 façons de faire chier le dj

Extrait de Normal People by M&M's, 224 pages, 129 francs.

  1. Criez-lui dans les oreilles : « Pousse-disques, Pousse-disques... » ad lib.
  2. Demandez-lui si c'est la première fois qu'il joue en club.
  3. L'air affolé, demandez-lui de vérifier si le pitch marche bien.
  4. Demandez-lui s'il remplace exceptionnellement le résident qui est malade.
  5. Donnez dans le booth un coup de pied discret : ça fait sauter le disque. Le dancefloor hurle et le dj est paniqué.
  6. Demandez-lui de passer un disque avec une dédicace, revenez plusieurs fois à la charge en cas de refus. Prétextez qu'il y a des boîtes où ça se fait.
  7. Effondrez-vous raide def' (ou en faisant semblant) sur ses platines, cassez-lui ses white vynils et autres acétates, et sauvez-vous en courant, car un dj à qui on a cassé les whites vinyls, c'est pas cool.
  8. Demandez-lui pourquoi il n'a jamais songé à trouver un vrai job.
  9. Demandez-lui si on le paye pour faire ce genre de conneries.
  10. Demandez-lui ce qu'il fait dans la vraie vie.
  11. Dites-lui qu'il est vraiment cool, qu'il passe les morceaux que les gens aiment, pas comme tous ces grands dj's qui se la jouent à jouer des trucs inconnus.
  12. Dites-lui que Jack Lang trouve son set très excitant.
  13. Demandez-lui s'il fait partie de cette nouvelle école qui refuse obstinément de mixer sur le beat.
  14. Demandez-lui pourquoi il ne passe pas ce white remix de Carl Craig (option techno) ou Dj Sneak (option house).
  15. Dites-lui qu'il vous rappelle un fameux Dj eurotrancy de Rimini.
  16. Dites-lui que le boss du Ministry Of Sound est dans la boîte.
  17. Dites-lui « Je me souviens qu'en 85, tu disais que la house ne marcherait pas, que c'était juste un truc de tapettes ».
  18. Pissez dans son bac à disques.


DERHS MORTEL ARTS

Présentation d'une asso paloise dont l'objet est la promotion des arts à caractère fantastique, l'image numérique et les nouvelles technologies mais surtout de ce qui nous intéresse ici : « les musiques électroniques et novatrices ».

Derhs Mortel Arts édite Analog-Plénum, un fanzine bimestriel (voir NEWS pour plus d'infos), à l'origine plutôt spécialisé hardcore, indus, gothic... Depuis plusieurs numéros place plus large est faite à la techno et même à la house. On y trouve des interviews, des infos diverses, une nouvelle, une BD... mais surtout de très très nombreux tests de disques.

D.M.A. organise aux Arts Battoirs de Pau des petites soirées techno. L'esprit étant d'évoluer vers l'innovation et le non-commercial ; ce qui signifie une musique extrême dans un esprit assez Free-party. C'est aussi l'occasion pour des Djs débutants de se confronter au public.

L'actualité de D.M.A. c'est le « 1er Festival  Electronique de Pau» qui verra jour le 5 et le 6 juin aux Art Battoirs. D.M.A. se chargeant d'organiser la soirée hardcore du vendredi soir et Bass Reaction la soirée techno du Samedi soir. Cette soirée du 5 juin accueillera notamment Laurent Hô, Punish Yourself et Dj Dek (qui est le dj résident des soirées régulières de Derhs Mortel Arts aux Arts Battoirs).

Dans l'avenir Khylvyh et ses acolytes souhaitent organiser régulièrement des soirées techno et industrielles. Enfin la création d'un Label pour lancer de jeunes artistes est étudié sérieusement pour la rentrée prochaine.

Contact: Khylvyh - 7, av. de Buros-64000 Pau Tel : 05.59.84.07.44


DEJA VU

A l'aube des années 90, le Rap n'avait pas encore remplacé la variété française sur Skyrock. Pour le cercle restreint des gens qui écoutaient du Rap en région, il n'était pas imaginable que cette musique devienne grand public. Parce que le Rap était considéré comme une musique violente pour illettrés, une musique qui était pour la majorité que borborygmes et bruit. Public Enemy alors référence n'avait pas un message consensuel ou léger, ni un son épuré et R'n'B. Le décalage avec la musique d'alors était énorme, et personne ne pouvait soupçonner l'acceptation sur les ondes d'une telle musique.

Il y a encore 1 an, je pensais également que la techno que j'écoutais ne pouvait pas passer à la radio, parce que musique sans visage de dance-floor, et qu'elle perdait donc sa substance sur un format radio de 2min 30. Pourtant petit à petit la techno a mis des visages identifiables sur ses productions: le punk de Prodigy, le gros black sympa: Carl Cox, le rasta blanc: Josk Wink... De morceaux ne trouvant leur place qu'en fête, apparaissent des morceaux avec une petite mélodie, ou quelques voix identifiables.

L'Eurodance a quasiment disparue des bacs de Leclerc et des compiles M6 et est remplacée par ce qui est présenté comme de la techno mais qui est produite par les même gens qui nous abreuvaient de Dr Alban, et de Cappela. Ils nous sortent les même merdes avec juste une basse un peu plus appuyée.


Goodbye 70's, Hello 80's

Get into the groove, eighties are back. Les fameuses années 80 sont de retour et leur influence a commencé à se faire ressentir dans différents domaines.

Tout d'abord la mode. Il est aujourd'hui difficile de passer à côté du phénomène des montres digitales tel que la G-Shock, symbole de la ringadise absolue il y a encore 3 ou 4 ans. Des fashion-victims lookées à la Sue Ellen commencent à faire leur apparition et Prada, lors de sa dernière collection homme , a ressorti les fameux jean's troués chers à George Michael époque «I want your sex».

Mais c'est en matière de musique électronique que l'influence des 80's est la plus flagrante. Au début de l'année, le remix du «sexy boy» de Air par Zdar et Boom bass avait montré lavoie. Depuis nombreux sont ceux qui ont pris le chemin des «mélodies» synthétiques. Il n'y a qu'à écouter l'excellent «Respect is burning» de Catalan FC pour n'avoir qu'une envie: pousser le fameux cri du «Tarzan boy» de Baltimora. Le très funky dernier maxi de Roy Davis Jr, avec son vocoder de rigueur, sorti sous le label ROULE du Daft Punk Thomas Bangalter, vous fera danser le MIA toutes chaînes en or sorties. L'émergence du break beat nous a fait redécouvrir avec bonheur electro et old school hip-hop.

Et il est de plus en plus fréquent que des breackdancers viennent squatter les dancefloors en club ou lors des soirés techno . Une telle résurgence voudrait-elle dire que nos DJ vont (enfin?) abandonner les samples discoïdes et aller piller les groupes New Wave tels que Joy Division, Depeche Mode ou autres Kraftwerk? En agissant de la sorte la House ne ferait que revenir à ses influences originelles.

Mais le revival 80's charrie également son lot d'opportuniste . Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter la version du «It's like that» de Run DMC par Jason Nevins ou la reprise du mythique «Fight for your right to party» des Beastie Boys par les tacherons NYCC. Mais, était-il vraiment necessaire d'aller déterrer les 2 garçons coiffeurs suédois de Modern' Talkings et de remixer leur pénible «you're my heart, you're my soul»? Devrions-nous craindre dans les semaines à venir une version eurodance du «Comanchero» de Moon Ray?

Il est desormais indéniable, que pour le meilleur et pour le pire, les années 80 sont furieusement tendances. Alors voici quelques conseils pour vivre en phase avec le la fin du millénaire:

  1. Visionner l'intégrale des 350 épisodes de Dallas .
  2. Connaitre par coeur le nom des membres de «l'Académie des 9» de Micheline Dax à Patrick Topaloff en passant par Bernard Menez.
  3. Ressortir son tee-shirt Smiley.
  4. Trouver 2 potes à l'ESC Pau avec qui reformer «Partenaires Particuliers » .
  5. Réclamer le retour à la télé de - bonjour-les-frères-et-les-soeurs - Sidney pour apprendre le breakdance.
  6. Militer pour le retour de Michel Hidalgo à la place d'Aimé Jacquet.
  7. Scratcher pendant ses sets.
  8. Ressortir sa console Atari et son minimaliste «Tennis».
  9. Branchez vous sur TF1 en fin d' aprés-midi, entre «Dynastie» et «L'homme qui tombe à pic» (actuellement rediffusées), vous aurez définitivement l'impression d'être en 1985.

WZ-N